Les Fleurs
du Bitume
Essert,
Franche-Comté
Dans le cadre du Mois du Film Documentaire, la médiathèque d’Essert a fait appel à moi pour illustrer le film Les Fleurs du Bitume, qui fut projeté à Essert le 4 novembre 2023. J’intervenais lors du débat après la projection du film pour parler de mon histoire, de ma « condition » de graffeuse dans un milieu majoritairement masculin. Je présentais également une création picturale sur toile que j’ai réalisé pour l’occasion, illustrant la quête de liberté de trois jeunes artistes femmes dans le milieu du street art tunisien.
Les Fleurs du Bitume
Un film de Karine Morales & Caroline Péricard

La Présentation Publique
La Place des Artistes Femmes dans le milieu du Street art tunisien
La Tunisie fait partie de ces pays qui m’évoquent les Milles et une nuits, mais où les femmes ne sont pas autorisées à sortir seules la nuit. Le choix des couleurs est ainsi fait, le bleu représentant cette nuit interdite ainsi que la domination masculine. La lune et l’étoile du drapeau tunisien viennent éclairer la scène. La mosquée de Kasbah se dresse en arrière-plan dans le décor de Tunis et représente le poids de la religion musulmane dans ce pays.
Le bitume rose qui craque, symbole de l’état d’esprit du peuple tunisien, qui, malgré la révolution de jasmin en 2011, n’a vu aucun changement s’opérer, si ce n’est le départ du président Ben Ali, en poste depuis 1987, accusé de corruption, de détournement de fonds et de vol.
C’est une illustration du film, d’où le choix du format qui reprend les dimensions d’une affiche de cinéma. Comme c’est une peinture, qui parle d’un film, qui parle de street art, j’ai opté pour un cadre dans le cadre dans le cadre, avec certains éléments qui sortent du cadre pour symboliser la transgression. Il faut savoir qu’en Tunisie, les femmes street artistes sont mal vues et parfois maltraitées quand elles sortent du cadre.
En arrière-plan, des silhouettes sont visibles sur les murs. Certaines dansent le hip-hop, d’autres se disputent dans l’indifférence des passants. On peut y voir une silhouette masculine brandissant son bras comme s’il allait frapper sa femme ou bien lui montrer qui est le plus fort, tandis que la silhouette féminine ne se laisse pas faire. N’oublions pas que le thème de ce mois du film documentaire est « Prendre la parole »…
Au premier plan, j’ai réalisé le portrait de ces trois jeunes femmes, belles et courageuses, qui se battent pour leur liberté. Le regard est frontal pour interpeler, le film est fait pour ça après tout… Chacune est mise en lumière avec son médium de prédilection : Shams, la slameuse, avec son micro et son carnet, sur lequel on peut lire une citation de Mahmoud Darwich, un des plus grands poètes arabes contemporains :
«Ma liberté est d’être ce qu’ils ne veulent pas que je sois» ainsi que «inspire, expire» écrit en Français et en arabe, une phrase qui revient comme un refrain au micro de Shams.
Chaima la danseuse, avec son casque et son bandeau dans les cheveux, le regard triste et l’air désespéré. Elle crache sur ce pays qui ne lui laisse aucune chance d’après elle.
Enfin Ouméma, alias Ouma, la graffeuse voilée, une bombe de peinture rose dans la main droite, qui fait le signe stop avec sa main gauche, stop aux violences faites aux femmes.
Cette main s’apparente à la main de Fatma, symbole de protection, et qui représente les 5 préceptes fondamentaux de l’Islam : la profession de foi (Allah reconnu comme seule divinité), la prière, le jeûne, l’aumône et le pèlerinage. Dans le creux de sa main, une calligraphie arabe signifiant « Liberté » est inscrite dans une couleur s’apparentant au henné, comme pour délivrer un message.
Exister en tant qu’artiste femme dans un monde d’hommes, tel est le sujet du film.
Bien que je ne vive pas l’oppression que subissent ces femmes tunisiennes, la médiathèque d’Essert a fait appel à moi en tant que graffeuse pour illustrer ce propos. Je pense personnellement que c’est aux femmes de prendre leur place, de s’imposer au détriment des qu’en dira-t-on. C’est ce que j’essaye de faire un petit peu plus chaque jour, malgré le manque de temps, malgré le fait d’être maman, malgré la charge mentale….
« L’art ne devrait pas être genré, ni dans le graffiti ni ailleurs »
J’assume ma féminité sans pour autant vouloir être étiquetée d’artiste féminine voire féministe. L’art ne devrait pas être genré, ni dans le graffiti ni ailleurs. La route est longue pour changer les mentalités, mais le processus est enclenché, on fera le bilan dans quelques années…
L’affiche du film


Quelques images du film
La Presse
Article paru dans l’Est Républicain le 08/11/2023
Un grand merci à Peggy Gérard de la médiathèque d’Essert pour ses idées et son énergie communicative. Merci à Christelle et Jean-Christophe pour l’accueil et la partie technique. Merci à Justine Baudet et Virginie Grieder pour avoir concrétiser ce beau projet. Enfin merci à tous les participants pour leurs retours positifs !





















